Banksy Whitewashing Lascaux
Introduction
Whitewashing Lascaux (en français "blanchir Lascaux") est une oeuvre de street art de Banksy. Elle est située à Londres, à l'intérieur du tunnel de la rue Leake. Cette oeuvre a été réalisée à l’occasion du Cans Festival, une « fête de rue de l’art du pochoir » organisée par Banksy 2008. Elle pose la question de la place du street art dans l'histoire des arts et dans l'espace public.
Biographie de Banksy
Banksy est un street-artiste qui utilise un pseudonyme, son véritable nom et son identité exacte sont inconnus. Il serait de nationalité britannique et commence à produire des oeuvres à partir des années 1990. Artiste engagé, il utilise la peinture au pochoir pour faire passer ses messages, qui mêlent souvent politique, humour et poésie. Ses thèmes de travail sont divers (migrants, frontières, guerre, culture populaire, détournement d'oeuvres d'art, etc.) et ses personnages sont souvent des rats, des singes, des policiers, des soldats, des enfants, des personnes célèbres ou des personnes âgées. Il critique le capitalisme, la société de consommation, le mur entre Israël et la Palestine, la vidéosurveillance, etc.
A la fin des années 1990, Banksy a vécu à Bristol en Angleterre avant de déménagé à Londres vers 2000. Dans sa jeunesse il aurait été influencé par la scène underground de Bristol et c'est dans cette ville que Banksy réalisa ses premières œuvres. Il attire l'attention des médias à la fin des années 1990 et sa notoriété croit au point qu'il conçoit la pochette du disque de Blur, Think Tank en 2003. Il commence le projet « Santa's Ghetto », un ensemble d'oeuvres réalisées sur le mur de Bethléem et aux abords du camp d'Aida pour mettre en évidence la question palestinienne : il devient connu dans le monde entier. En 2010, Bansky sort le film Faites le mur ! (Exit Through the Gift Shop) qui est nommé pour l'Oscar du meilleur film documentaire. Dans les années 2010-2022, il vend des oeuvres aux enchères. En 2015, Dismaland est un parc d’attraction temporaire réalisé par Banksy avec la collaboration de 58 autres artistes, dans une station balnéaire anglaise, critique de la société de consommation.
Banksi a créé de nombreuses oeuvres parmi lesquelles :
- Girl with Balloon, à South Bank (Londres), en 2002 ;
- Well Hung Lover (Bristol) en 2006 ;
- Keep it Spotless, 214 × 305 cm, vendu 1 230 000 € chez Sotheby's à New York, en 2008 ;
- Slave Labour (Londres) en 2012.
Contexte géographique / situation
Whitewashing Lascaux est une oeuvre située à Londres, à l'intérieur du tunnel de la rue Leake. En mai 2008, Banksy a organisé une exposition, The Cans Festival, dans un ancien tunnel qui permettait aux taxis de relier plus vite la gare de Waterloo à Londres. Il a invité plus d’une trentaine de graffeurs à s’exprimer sur les murs du tunnel mais aussi le public à venir avec ses bombes aérosols. Le « whitewashing » ou « blanchiment » est le nettoyage d’un mur pratiqué par les autorités pour débarrasser la ville d’une forme d’expression qui n’est pas toujours reconnue. On notera cependant qu'aujourd'hui, des oeuvres de Banksy sont aussi préservées dans l'espace public, car elles valorisent une rue, un quartier voire une ville.
Contexte artistique et historique
Le titre "Whitewashing Lascaux" fait référence à la grotte préhistorique de Lascaux découverte en 1940 en Dordogne en France. Elle est la plus connue des grottes décorées et constitue une référence dans l'histoire des arts, même si d'autres grottes ornées plus anciennes ont été découvertes depuis. Ainsi, elle est surnommée « la chapelle Sixtine de l'art pariétal » par Henri Breuil, spécialiste de l’art des cavernes et le premier préhistorien à avoir visité et expertisé la grotte de Lascaux. La grotte de Lascaux est âgée de 17 000 à 21 000 ans. Elle est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO et a été reproduite en fac-simile pour accueillir les visiteurs et la protéger.
L'oeuvre de Banksy fait référence à l'art pariétal préhistorique. En Europe, cet art des cavernes remonte à au moins 40 000 ans. Les principales techniques utilisées sont le dessin, la peinture (au tampon, au soufflé), la gravure (piquetage, incision ou raclage) et la sculpture (modelage en argile ou autre matière ou encore, taille en bas-relief).
[caption id="attachment_108" align="aligncenter" width="2748"]Le street art (ou "art urbain") est un ensemble d'œuvres créées dans la rue, ou destinées à être montrées dans la rue. Ce n'est que dans les années 80 que l'on commence à parler d'art urbain, bien que la technique du pochoir soit préhistorique. L'invention de la bombe aérosol dans les années 1970 permet aux street-artistes de réaliser leurs œuvres rapidement sur les murs ou dans le métro.
Le street art est récent et fait donc partie de l'art contemporain. Il s'expose dans l'espace public en ville (place, rues, trottoirs, etc.). Il est visible par tous, à la différence des œuvres exposées dans les musées ou encore dans les collections particulières. De ce caractère public découle la conséquence que les œuvres peuvent être supprimées ou modifiées à tout moment. Ces dernières sont réalisées sans autorisation en toute liberté de l'artiste, et sont donc illégales quand elles ne respectent pas le droit de propriété. De nombreux street-artistes utilisent des pseudonymes (SAMO, Miss.Tic, par exemple) et réalisent leurs œuvres la nuit ou clandestinement. Le street art n'est pas financé par des institutions publiques (État, collectivité territoriale) ou des commanditaires privés : les artistes ne sont pas payés pour leurs œuvres. Les street-artistes utilisent des techniques très variées : peinture à la bombe aérosol ou au pochoir (Jef Aérosol), mosaïques (Invader), autocollants (Shepard Fairey), collages, etc. Ils ont des buts divers : faire réfléchir, rendre un endroit plus beau, détourner la fonction d'un lieu, transformer la ville, laisser une trace, etc.
Cependant, depuis quelques années, ces caractéristiques de base ont tendance à changer : ainsi des œuvres du street art intègrent les musées, les expositions et sont achetées par des particuliers. Il existe même des festival de street art. Des œuvres sont vendues aux enchères (comme celles de Banksy). Des itinéraires touristiques sont organisés pour découvrir les œuvres d'art urbain. Les collectivités territoriales utilisent aussi l'art urbain pour empêcher l'apparition de graffiti ou la dégradation des murs, des espaces publics ...
Description / analyse
[caption id="attachment_104" align="aligncenter" width="1000"]Au premier plan figure un employé municipal qui passe un produit pour effacer les dessins. Il est représenté debout, de profil et il porte une casquette, un uniforme, des bottes et un gilet orange. On ne voit ni sa bouche, ni ses yeux, il est anonyme. Il se détache nettement du fond vert par sa taille. A droite on aperçoit la machine qu'il utilise ; le regard est attiré par le produit blanc aspergé sur le mur. Le premier plan représente le monde actuel et un agent qui exécute la loi : nettoyer les murs de la ville.
A gauche, c'est toute la peinture qui disparaît, pas seulement les dessins d'animaux et de chasseurs. Banksy a représenté des coulures pour rendre le processus plus réaliste. Les chasseurs sont en action, ils ont tous une posture différente. Les règles de la perspective ne sont pas appliquées, et, ce qui peut sembler incongru, c'est que les animaux semblent se diriger vers les chasseurs.
Banksy a choisi de représenter une main en négatif, sur fond ocre-rouge, un motif universel puisqu'on le retrouve dans de nombreuses cultures humaines (Amérique du Sud, Asie du Sud-Est, Aborigènes d'Australie, etc.).
Whitewashing Lascaux nous invite à réfléchir sur la liberté de création, l'art, le street art, leur statut dans l'espace public, et la façon dont le pouvoir peut les faire disparaître. Dans le passé, les pouvoirs politiques ou religieux ont pu cherché à détruire des oeuvres d'art : par exemple, au VIIIè siècle, l'empereur byzantin a ordonné la destruction des images religieuses. Au XXè siècle, les régimes totalitaires nazi et stalinien ont également fait disparaître des oeuvres qui ne correspondaient pas à leur idéologie.
Alors que les oeuvres des grottes de Lascaux sont aujourd'hui inaccessibles au grand public et protégées par le statut de "patrimoine mondial de l'unesco", plusieurs municipalités décident d'effacer les réalisations de street art. Avec Whitewashing Lascaux, Banksy pose de façon ironique la question de savoir si l’on pourrait traiter le street art avec la même considération que l'art pariétal préhistorique. Et si en 1940, les autorités avaient décidé de faire disparaître les oeuvres de la grotte de Lascaux ?
Arts, ruptures, continuités
Avec Whitewashing Lascaux, Banksy se place dans la continuité de l'histoire des arts, qui commence avec l'art préhistorique. Comme les hommes du Paléolithique, les street-artistes utilisent des techniques diverses et s'expriment dans l'espace public. A Lascaux des morceaux de cuir ou la main peuvent servir de pochoir ; les artistes se servent de la technique de la réserve, qui consiste à ne pas travailler toute la surface. La partie non travaillée est laissée « en réserve ». Les street-artistes contemporains utilisent encore ces deux techniques du pochoir et de la réserve. L'art préhistorique a par ailleurs inspiré de nombreux artistes du XXè siècle comme Pablo Picasso par exemple.
Cependant, les différences sont aussi nombreuses : alors que Lascaux servait sans doute de lieu sacré, de sanctuaire, ce n'est pas le cas du tunnel utilisé par Banksy. Les street-artistes créent dans un environnement urbain très différent de l'environnement préhistorique. Ils expriment des messages politiques ou réalisent des oeuvres poétiques, deux préoccupations éloignées de l'univers mental des hommes préhistoriques.
Whitewashing Lascaux est une adaptation très libre de l'art pariétal : par exemple, Banksy représente des chasseurs avec des arcs, or cette arme n'existait pas à l'époque de Lascaux. Si le grand cheval au centre évoque de façon assez fidèle les représentations préhistoriques de cet animal, les chasseurs font davantage penser aux figures des grottes du Tassili (Sahara) :
[caption id="attachment_112" align="aligncenter" width="525"]| La grotte de Lascaux | Banksy, Whitewashing Lascaux | |
| DATE | - 20 000 environ | 2008 |
| NATURE | art pariétal préhistorique | street art |
| ARTISTE | anonyme, inconnu | Banksy, pseudonyme |
| SUPPORT | grotte naturelle sous-terraines
parois rocheuses naturelles et irrégulières |
tunnel urbain
murs de béton lisses et réguliers |
| TECHNIQUE | pinceau, tampon, doigts pigments naturels : oxyde de manganèse, ocres | pochoir, bombe aérosol |
| COULEURS | polychromie : ocres, noir | polychromie : ocres, noir |
| FIGURES | animaux préhistoriques
pas d'hommes sauf l'homme -oiseau
|
animaux
chasseurs avec armes (lances, arcs) empreinte de main |
| STATUT | "sacré" ; oeuvre protégée (fac-simile, unesco) | street art éphémère |
SOURCES :
- Wikipédia : articles "Banksi", "grotte de Lascaux", "art pariétal", "main négative" ;
- Vikidia : article "art urbain" utilisé pour le contexte artistique ;
- "Grotte de Lascaux" sur le site Panorama de l'Art, https://www.panoramadelart.com/lascaux-salle-des-taureaux ;
- Danielle Dumartin, Whitewashing Lascaux Banksy, 2008 - https://docplayer.fr/44156043-Whitewashing-lascaux-banksy-2008.html
IMAGES UTILISEES :
- Whitewashing Lascaux (détail) - File:Banksy Pressure Washing Away Art.jpg, wikicommons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Banksy_Pressure_Washing_Away_Art.jpg - licence : graffiti non libre
- Whitewashing Lascaux - https://banksyexplained.com/cave-painting-removal-2008/
- Lascaux II : Alonso de Mendoza, File:Lascaux II.jpg, creative commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lascaux_II.jpg
- Scène pastorale, Jabarren : les bergers armés d'arcs défendent leur cheptel (vers 10 000 avant J.-C.). Source : GRUBAN, File:Algerien 5 0049.jpg, wikicommons, licence : creative commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Algerien_5_0049.jpg
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